Le blues était la musique des esclaves dans les champs de coton aux États-Unis, le Maloya est celle de ceux des champs de canne à sucre à La Réunion.
Ces esclaves, d’origine malgache et africaine, ont créé le Maloya pour exprimer la douleur et l’indignation qui grondait dans les plantations sucrières.
Il est aujourd’hui emblématique de l’identité réunionnaise. Mais pour arriver jusqu’à nos oreilles, le maloya a dû résister et s’imposer : banni de l’espace public dans les années 1960, puis davantage diffusé dans les années 1970, enfin réhabilité en 1981, il est maintenant inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.
Mêlant à la fois musique, chant et danse, il se transmet depuis plusieurs générations à l’île de la Réunion pour raconter l’oppression coloniale, la révolte, les déceptions, les colères, l’amour, la vie.
Des instruments captivants
Percussions vibrantes, chants collectifs envoûtants, poésie créole : la puissance du Maloya tient aussi beaucoup à ses instruments. Fabriqués à la main, ils nous rappellent comment les esclaves des plantations sucrières ont bricolé leurs premiers instruments avec ce qu’ils trouvaient, transformant ainsi des objets du quotidien en instruments traditionnels comme :
le rouleur, ou roulèr en créole, est un tambour en forme de tonneau : le joueur chevauche l’instrument et frappe la peau à deux mains. Le son grave et sourd constitue la base rythmique indispensable au Maloya.
Le kayamb : joue un rôle primordial dans la rythmique du Maloya. À la Réunion, il est fabriqué en tiges de fleur de cannes à sucre remplies de graines, fixées sur un cadre de bois rectangulaire. L’instrumentiste effectue en continu un mouvement latéral avec les deux bras suivant les cadences des morceaux. Il rappelle le son de la pluie et celle des vagues. Emblématique de l’île de la Réunion, on le retrouve aussi sous d’autres noms, au Mozambique, au Kenya, dans l’archipel des Comores ou encore à Madagascar.
Le sati fait d’un bout de fer blanc : parfois une boite de conserve, un bac en fer ou plus souvent un morceau de tôle plié en rectangle, offre un son métallique est aigu et résonne très fort.
Le pikèr, quant à lui est un morceau de bambou creusé qui marque les accents et les temps forts.
Le pikèr et le sati se frappent avec des baguettes suivant la cadence lancée par le roulèr.
Musique rituelle, festive et outil de cohésion sociale

Le Kabar réunionnais est un rassemblement festif populaire en plein air, du coucher du soleil jusqu’à l’aube où musique maloya et sega, danse, repas partagé, se mélangent.
Le kabar prend souvent vie dans une kour : l’espace extérieur d’une maison créole traditionnelle, ouverte sur la communauté du quartier, réunissant les générations. Les musiciens jouent en continu, les danseurs entrent dans l’espace musical, sortent, reviennent. C’est un moment collectif et vivant, intergénérationnel, où participants et musiciens échangent réellement.
Le kabar du 20 décembre reste la plus grande nuit de l’année à la Réunion, célébrant l’abolition de l’esclavage le 20 décembre 1848.
Le sèrvis kabaré lié à des cérémonies d’hommage aux ancêtres, a une dimension rituelle et spirituelle. Là, le Maloya est davantage une prière, un moyen de communication entre vivants et défunts. Il y a un protocole, des offrandes, ce n’est pas comme le kabar festif où tout le monde est la bienvenue. Mais dans les deux cas, comme dit le musicien Danyèl Waro* qui connait bien ces univers et la frontière entre les deux, « le Maloya nourrit l’âme ».
Avec Danyèl Waro, sans doute l’un des plus connus en France, on peut citer également d’autres musiciennes et musiciens de Maloya d’hier et d’aujourd’hui comme Alain Peters, Granmoun Lélé, Firmin Viry, Votia, Maya Kamaty, Gwendoline Absalon, Ziskakan, etc.
Et dans les nouvelles générations de groupes, de chanteurs et chanteuses, nombreuses sont celles et ceux qui s’inscrivent entre traditions et nouvelles compositions originales, parfois en fusionnant d’autres genres musicaux. C’est le cas par exemple de Maya Kamaty qui mêle maloya, rap, et électro.
C’est dans cette veine qu’est né le groupe Ti’kaniki à Lyon. Constitué de créoles et de musiciens métropolitains aux origines diverses, il revendique un Maloya moderne, ouvert sur le monde mais solidement ancré dans cette tradition. Depuis plus de dix ans le groupe se fédère autour des kabars : scènes ouvertes Maloya, pendant lesquelles ils invitent d’autres artistes. Depuis 2023, Ti’kaniki collabore avec le chanteur Marsel Philéas, fils de Granmoun Lélé, référence du Maloya de l’est de l’île.
Krazé in maloya : ce qui signifie jouer un Maloya, le danser et écraser le sol de ses pieds.
Alors venez danser et ressentir toute la puissance du Maloya avec Ti’kaniki :
Samedi 13 juin prochain, au parc de la France-Libre-et-de-la-Résistance, derrière la Mlis, à partir de 18h !
Baba Lanco
Dans le cadre du cycle « En transes », retrouvez au 4ème étage de la Mlis une sélection de CD de musique Maloya ainsi que dans la playlist de l’espace thématisé au rez-de-chaussée de la Mlis.
Prolongez la découverte du Maloya dans la scène musicale actuelle, avec cette écoute.
Illustrations des instruments réalisés par Emma Abbezot.
Médiathèques de Villeurbanne lire, écouter, voir