« Une famille » de Christine Angot, un film documentaire pour affronter le déni droit dans les yeux.

Dans le cadre du Mois du film documentaire
Projection le samedi 21 novembre à 18 h / auditorium de la Mlis

Séance accompagnée par Léonore Le Caisne, anthropologue, directrice de recherche au CNRS, co-directrice de l’ANR DERVI (Dire, Entendre, Restituer les violences incestueuses). Elle a notamment travaillé sur la perception sociale de l’inceste, la chaîne socio-judiciaire et la banalisation du silence au sein de l’entourage, en particulier dans son ouvrage Un inceste ordinaire. Et pourtant tout le monde savait (Points Essais, 2022).
Léonore Le Caisne est également co-autrice de l’ouvrage collectif Dire, entendre et juger l’inceste du Moyen Age à nos jours, livre qui explore les multiples facettes de ce crime à travers l’histoire.
Le film commence à Strasbourg, là où Christine Angot a rencontré son père pour la première fois à l’âge de treize ans, là où il a commencé à la violer, là où il est mort en 1999. À Strasbourg, vit la veuve de son père, Angot sonne à sa porte et force le face-à-face avec elle. Christine Angot interroge ensuite sa mère, son ex-mari, puis sa fille Léonore, adulte aujourd’hui. Le film tisse ces différents face-à-face avec des archives intimes, des photos, des vidéos tournées au camescope.

Après avoir raconté dans plusieurs livres l’inceste qu’elle a subi adolescente de la part de son père, notamment Un Amour impossible (Flammarion, 2015) et Le Voyage dans l’Est (Flammarion, 2021), Christine Angot réalise un premier film documentaire tranchant et bouleversant, Une Famille, comme un prolongement et un écho à son œuvre littéraire.
Pourquoi un film ? Il arrive qu’une caméra agisse sur le réel, qu’elle serve à la fois de soutien, de médiateur, et d’agent libérateur. Christine Angot revisite par ce biais la tragédie dont elle est la victime, et la caméra devient l’outil qui lui permet de faire entendre aux protagonistes de cette histoire sans fin ses sentiments, sa colère, sa douleur, celle du viol, celle de ne pas avoir été entendue, celle de sa solitude. C’est ce même outil qui les force à l’écouter, à l’entendre, à lui répondre.
Avec ce film, Christine Angot tente de comprendre ce fameux silence de l’inceste.

« Une caméra, c’est quelque chose qui accompagne, qui soutient, qui voit la même chose que soi », explique Christine Angot dans la présentation du film. Elle ajoute que l’idée de faire un film, plutôt qu’un livre est née de cette « envie qu’il y ait une caméra dans la main de quelqu’un, quelqu’un qui est là, qui voit et entend la même chose que soi, qui fait la même expérience visuelle, sensorielle, sensible et même hyper sensible ».
« Une famille, le film documentaire, est un choc (…). Christine Angot installe des rudes confrontations, des discussions bouleversantes, avec une confiance, chevillée au corps, dans les vertus de la parole, du dialogue, de l’écoute. On s’accroche, effaré, interloqué, et en même temps, on a envie de comprendre. Le temps a passé mais la souffrance reste lancinante, ce film est comme une énième tentative d’exorciser un mal insidieux. Mais aussi d’alerter, de soulever une chape de silence, de gêne, de malaise pour dénoncer. » François Aymé (documentariste, directeur du cinéma Jean-Eustache à Pessac)
Un film puissant, urgent, important.
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