Ces écrivains qui nous racontent leur vie !

Les réseaux sociaux ne sont qu’un jalon dans le cheminement qui a amené une personne à parler d’elle-même et de sa vie en public. Des penseurs, et plus généralement des écrivains n’ont pas attendu d’avoir un mur Facebook pour coucher sur le papier leurs joies personnelles mais aussi leurs doutes, et ce jusque dans les moindres détails. Parmi les premiers journaux intimes qui ont fait l’objet d’une publication, nous pouvons citer les Confessions de Saint Augustin, un ouvrage à haute teneur spirituelle qui remonte au tout début du Vème siècle de notre ère. Plus proche de nous dans le temps, Jean-Jacques Rousseau a lui aussi repris ce titre de Confessions pour réfléchir le temps d’un livre à sa place dans le monde et à la raison de ses actions passées, tel que l’abandon de ses propres enfants…

Pour écrire un récit autobiographique, l’écrivain puise son inspiration tout d’abord dans son enfance, celle dont on ne guérit jamais vraiment, d’après les mots du rappeur et poète Oxmo Puccino au cœur de sa chanson L’enfant seul. Un contexte familial débridé et miséreux, comme dans le Requiem des innocents de Louis Calaferte, ou bien reclus et oppressant comme dans le roman Vipère au poing d’Hervé Bazin, peuvent être des points de départ pour une histoire littéraire. Écrire son enfance est une façon pour ces écrivains d’exorciser leurs premières peurs, certes éloignées d’eux dans le temps mais qui continuent de les hanter, afin de les digérer une fois pour toutes au fil de la plume.

Parfois, certains évènements traumatiques consignés dans un journal peuvent devenir d’authentiques témoignages historiques. Les deux guerres mondiales ont été en ce sens des périodes tristement inspirantes pour des auteurs tels qu’Henri Barbusse dans son ouvrage Le feu ou encore Maurice Genevoix dans son recueil de récits de guerre intitulé Ceux de 14. Tous deux relatent l’horreur des tranchées qu’ils ont connues en tant que soldats de 1914 à 1918. De la même façon,  Primo Levi dans son ouvrage Si c’est un homme ainsi qu’Elie Wiesel dans La nuit ont raconté comment ils ont survécu à l’horreur des camps de concentration nazis. Nous pouvons également citer L’archipel du goulag d’Alexandre Soljenitsyne, qui témoigne durant plus de 900 pages de son expérience du travail forcé, dans les goulags instaurés par l’Union Soviétique au XXème siècle.

Le travail est en effet une thématique qui revient souvent dans les ouvrages autobiographiques. Récemment, le français Joseph Ponthus nous a narré, dans son texte coup-de-poing intitulé A la ligne : Feuillets d’usine, ses différentes missions d’ouvrier intérimaire notamment au sein d’abattoirs. Une monotonie qu’il a décidé de relater dans la forme par une absence de ponctuation tout au long de son livre. De façon plus conventionnelle mais non moins frappante, George Orwell nous a raconté comment il a été Dans la dèche à Paris et à Londres en tant que travailleur temporaire durant l’entre-deux guerres. Des pages qui font froid dans le dos, tant ces heures interminables de plonge dans les restaurants parisiens ont affecté physiquement l’auteur de 1984.

Certains écrivains ont fait de leur existence propre le matériau principal de leur œuvre artistique. En ce sens, chacun de leur livre est comme un journal déguisé, quel que soit le genre littéraire qu’ils ont exploré. L’écrivain français Louis Calaferte illustre tout à fait cette vision particulière de l’art, en ayant réalisé des poèmes, des pièces de théâtres, des essais ou encore des romans qui se rapportaient tous, de près ou de loin, à une expérience vécue par lui-même au cours de son existence. Il exprime ainsi, comme dans son recueil de récits « Ébauche d’un autoportrait », la prépondérance du travail de la langue par rapport à celui du seul contenu de ses livres. Une vision partagée par Louis-Ferdinand Céline dans son livre le plus intime Mort à Crédit, dont le principal apport littéraire est de transposer à l’écrit sa façon singulière de s’exprimer oralement, dans son argot parisien. Idem pour l’américain Henry Miller qui a consacré près de 2000 pages à sa destinée d’écrivain dans sa trilogie La crucifixion en ros . Dans ces livres, il n’hésite pas à se passer lui-même au crible de l’auto-critique pour mieux faire émerger d’après ses propres mots, son « soi véritable ».

C’est effectivement un véritable effort pour l’auteur que de divulguer ainsi sa vie et ses pensées et de les publier parfois sous leur forme brute. Certains ont préféré dissimuler leur paternité avec ces notes personnelles, par exemple derrière les traits de personnages fictionnels comme c’est le cas du portugais Fernando Pessoa dans son Livre de l’intranquillité. Le personnage principal de son livre se nomme Bernardo Soares, mais son histoire est directement tirée des notes personnelles et intimes écrites par Pessoa dans son journal, tout au long de sa vie. Citons enfin l’américain Charles Bukowski , qui emprunte dans son deuxième livre Factotum les traits de son alter ego de fiction Henry Chinaski, pour nous parler de son rapport très spécifique à la boisson et à l’écriture….

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