Découvrir | « On va au parc » de Sara Stridsberg, Beatrice Alemagna

Dans la ville, on ne veut pas être sans eux. Dans la ville, saturée de bus, de magasins, de métros, de grues, dascenseurs, de trottoirs, on suit nos parents là où ils doivent aller. Dans la vie, quand on ne sait pas, quand on s’en fiche, quand tout est si grand que ça n’a pas de place en nous, il ne reste bien que l’espace et le temps au parc, pour redevenir vivants !
Avec impatience, déjà mobilisée par le désir qu’elle en a, avec détermination, en jurant, de ne plus jamais rentrer à la maison, l’enfance veut aller au parc, alors On va au parc.

De la lumière, de la balançoire, du dôme d’escalade, des cages à poules, de la forêt au cœur de la ville, des arbres qui sont là depuis des millénaires, de cet ailleurs où l’imagination fait basculer vers rien ou au contraire vers beaucoup, de ce quelqu’un dont on n’imaginait pas l’existence, qui n’a peur de rien, debout contre un tronc dans un ciré jaune, les cheveux en bataille et qui dégage une odeur de tonnerre et d’éclairs, l’enfance joueuse et aventureuse veut tout.  Toujours en mouvement et avide des sensations qu’elle découvre au contact vif du monde, l’enfance veut profiter de la sensation d’être pleinement vivante et c’est au parc qu’elle le peut ! Dans l’espace et le temps du parc, on peut même faire l’expérience de la solitude :  Mieux vaut s’occuper tout seul que de pourchasser des gens qui n’ont pas envie.   

Impatient, un peu en colère, revendiquant la liberté dont il a le plus besoin pour grandir, on croirait, dans ce livre, avec sa grammaire un peu bousculée, entendre la parole d’un enfant. L’exercice de la lecture du texte à voix haute exigera de l’adulte un peu d’entraînement ! On croirait aussi plonger directement dans l’immensité dessinée par la main d’un enfant. Pourtant, ne nous y trompons pas, ce beau livre est pris en charge par trois grands auteurs adultes. Jean-Baptiste Coursaud traduit dans une langue française rythmée et dense le texte suédois de Sara Stridsberg pendant que Beatrice Alemagna offre aux vingt huit pages de l’album environ vingt-quatre magnifiques images à fonds perdu. 
Le travail combiné de ces trois adultes talentueux aura fait entendre l’un des plus indicibles messages de toutes les enfances.
AR

On va au parc, texte de Sara Stridsberg, illustrations de Beatrice Alemagna, traduit du suédois par Jean baptiste Coursaud, éditions La Partie, 2022

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