L’agriculteur et le poète

L’oeil pétillant malgré les ans, Bernard Gainier est une figure de Meung-sur-Loire, petite cité entre Beauce et Sologne.  

Agriculteur retraité féru d’histoire,  libertaire bon enfant et adepte des pénufles (chaussettes russes), il prend soin de sa vigne et de ses amis qu’il reçoit dans son « bureau » (sa cave) autour d’un bon verre.

Pascal Boucher, l’auteur de ce documentaire tourné en 2010, s’est lié d’amitié avec Bernard. Il l’accompagne dans son quotidien, dressant  le portrait d’un homme attachant qui est le témoin d’une agriculture à l’ancienne en voie de disparition.

Le réalisateur filme aussi de belle façon le val de Loire, la nature au fil des saisons avec, en filigrane, la Loire, tout à la fois immuable et changeante, qui paraît veiller sur le cœur des hommes.

Dix ans plus tard, Pascal Boucher nous offre un nouvel opus de la vie de Bernard, Le Ciel peut attendre, dont la sortie est prévue pour janvier 2021.

Bernard Gainier est très connu dans la région pour ses déclamations savoureuses des poèmes de Gaston Couté,  tels Le Gâs qu’a mal tourné ou  L’Odeur du fumier.

Gaston Couté (1880-1911), poète de la condition paysanne, passe son enfance à Meung-sur-Loire où son père est meunier.

Clin d’œil du destin, c’est à Meung-sur-Loire qu’au 13e siècle, Jean de Meung rédige la seconde partie du Roman de la rose et que François Villon est brièvement emprisonné en 1461.

À 18 ans, Gaston Couté interprète  Le champ d’naviots  devant une troupe d’artistes parisiens en tournée. Encouragé par ces derniers il décide de monter à Paris tenter sa chance dans les cabarets de Montmartre.

Les succès est vite au rendez-vous. On vient écouter ce poète en blouse de paysan dont les vers souvent écrits en patois beauceron résonnent fort et juste.

Amis des pauvres, des opprimés, Gaston Couté est un révolté épris de justice. Il fustige la société bien-pensante de l’époque, son hypocrisie et ses inégalités.

Pacifiste convaincu,  il brocarde l’esprit guerrier et les cocardiers.

Côtoyant les chansonniers de l’époque, Théodore Botrel, Jehan Rictus, Aristide Bruant notamment, Gaston Couté mène une vie de bohème souvent désargentée.

Sa santé se dégrade rapidement. Il meurt de tuberculose le 28 juin 1911 à 31 ans.

Reste son œuvre d’une grande richesse, empreinte d’un profond humanisme et toujours d’actualité.

Ses poèmes ont été mis en musique par de nombreux artistes : Edith Piaf La Jolie Julie, Bernard Lavilliers La Dernière bouteille, Monique Morelli Jour de lessive, Marc Robine Les Conscrits, Gérard Pierron Les Fill’s de la Loère

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