On a aimé “La Tannerie” de Celia Levi

La Tannerie, ou le journal d’une génération sacrifiée.
Avec son 4e livre, la romancière Celia Levi offre un roman social surprenant de justesse. Si nous avions aimé son précédent roman Dix yuans un kilo de concombres dressant un redoutable portrait de la Chine d’aujourd’hui, nous sommes totalement conquis par La tannerie.

L’histoire se déroule cette fois à Paris. Nous suivons les débuts dans la vie de Jeanne, une jeune provinciale “montée” à la capitale pour travailler. Après des études à Rennes, puis un stage dans une librairie, la jeune femme décide de quitter sa Bretagne natale pour trouver un emploi. Son objectif : commencer une nouvelle vie plus aventureuse et plus valorisante que la vie routinière de province.

Elle trouve un poste d’accueil dans une institution culturelle, la fameuse Tannerie du titre. Un nouveau lieu culturel d’avant-garde qui démarre le projet ambitieux de réhabiliter un quartier populaire du 19e parisien. Engagée comme intérimaire dans ce tiers-lieu culturel, elle est chargée de guider les visiteurs sans bénéficier de la moindre formation préalable.

Littéralement propulsée à ce poste, elle va devoir se débrouiller seule pour s’orienter et s’imposer au sein de ce milieu qui se révèle, en dépit de sa promesse, plus écrasant qu’épanouissant.

Dans cet étonnant et clairvoyant roman, Celia Levi interroge la société française contemporaine, et plus encore une certaine population parisienne. Son personnage très attachant dans ses fragilités et sa naïveté, cherche à décoder un milieu inconnu d’elle. Comment se faire accepter dans ces lieux culturels « branchés » faits de belles valeurs, de bons sentiments, mais qui, dans leurs pratiques peuvent se révéler cyniques ?


À l’instar de ses précédents romans, l’auteure interroge aussi le monde du travail. À travers l’expérience de Jeanne, elle met en lumière les difficultés que rencontrent les jeunes diplômés d’aujourd’hui. Sous-payés, ils sont de plus en plus nombreux à alterner les CDD dans un monde de précarités multiples. À l’échelle d’un lieu et par le biais du personnage principal, c’est toute une époque qui se dessine dans La Tannerie. Une époque faite de contradictions et de désillusions. Sans jamais tomber dans la caricature, l’auteure nous offre un roman social, réaliste, totalement réussi.

La Tannerie, Celia Levi, Tristram, 2020


Découvrez d’autres coups de cœur en cliquant ici !

 

Voir aussi

Quand le portable s’insère dans le roman

Sélection de romans en écho à l'exposition Insupportables portables visible à la médiathèque du Tonkin du 12 octobre au 13 novembre 2021.