Nature :  les vertus de l’isolement

Avec les avancées technologiques grandissantes (exponentielles depuis le milieu du siècle dernier) et la banalisation de conforts subsidiaires, l’accroissement des villes et la culture du travail ; les rapports qu’entretiennent les hommes entre eux et avec la nature ont considérablement changés au fil des siècles et de façon tout à fait significative au cours des dernières décennies. 

Pour renouer avec les choses simples, s’éloigner quelques temps de cette implexe mécanique inhérente à la vie en société, bon nombre d’écrivains, de réalisateurs, de musiciens (j’en passe et des meilleurs) ont vanté les vertus de l’isolement, sous la forme d’un « retour » à la nature – en petits groupes (parfois) ou en solitaire (surtout).

Il y a les voyageurs qui choisissent les modalités de leur(s) périple(s) : Paolo Cognetti, Annie Dillard, Christopher McCandless (dans des styles très différents), mais aussi le narrateur de L’homme qui voulait être heureux de Laurent Gounelle, ou le berger de L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono, tous deux fictifs ; 

et ceux qui n’ont pas cette chance : Robinson Crusoé bien sûr, le moins célèbre mais pas moins contraint Chuck Noland, mais aussi les aventuriers Yossi Ghinsberg ou Aron Ralston, tous deux bien réels.

Certains sont relativement sédentaires : Sylvain Tesson dans son livre Dans les forêts de Sibérie (récemment adapté en bande dessinée), Thoreau dans Walden, Pete Fromm dans Indian Creek ;

d’autres se meuvent le long des lisières : Kenneth White dans La route bleue, encore Tesson dans Les chemins noirs ou plus récemment dans La panthère des neiges, Cheryl Strayed dans son récit Wild

Certains s’autorisent des rencontres, d’autres pas. Certains savent plus ou moins quand ils partent et quand ils reviennent, d’autres n’en savent rien. Certains s’isolent pour fuir une réalité devenue trop douloureuse, d’autres simplement parce qu’ils en ressentent le besoin ou l’envie, voire même parfois parce qu’ils voient en cela une raison pour la Vie. 

[ Il va sans dire que quelques-uns des auteurs cités tout au long de cet article cumulent plus d’une caractéristique évoquée. A tort ou à raison, j’ai fait le choix de ne faire apparaître chaque nom qu’une seule fois, deux tout au plus. ]

Et puis, on distingue chez les créateurs (auteurs et réalisateurs en l’occurrence) trois catégories intéressantes. Les premiers font le récit de leurs propres aventures : Mike Horn, Nicolas Bouvier, David G. Haskell;

les seconds interprètent et racontent le voyage d’une tierce personne : Sean Penn avec son adaptation cinématographique d’Into the Wild, Jean-Marc Vallée pour l’adaptation de Wild, Greg McLean et son film Jungle sur l’histoire de Yossi Ghinsberg

les troisièmes créent une histoire de toute pièce : Matt Ross et son film Captain Fantastic, Delia Owens dans son premier roman Là où chantent les écrevisses, ou même (pourquoi pas ?) Corto Maltese dans un tout autre genre ! C’est un peu différent pour ce dernier étant donné qu’il passe sa vie à prendre la clef des champs (ou des mers pourrait-on dire).

Mais finalement, s’il est intéressant de les distinguer, il n’en reste pas moins qu’ils partagent semble-t-il deux points communs fondamentaux :

d’une part, le sujet en question les intéresse (sans quoi ils en traiteraient un autre). D’autre part, le plus souvent, ces évasions dans la nature son salutaires à eux-mêmes ou à leurs personnages (ou aux deux naturellement). 

En effet, que la fin de l’histoire paraisse plutôt heureuse ou plutôt triste (ou en parfaite demi-teinte mais pour cela, il faudrait pouvoir quantifier les peines et les joies), il est rare que le protagoniste regrette de s’être isolé. A l’inverse, lorsque l’on perçoit des regrets, ils viennent souvent du manque qu’éprouve le personnage à l’égard de son isolement disparu: « Auprès de mon arbre, je vivais heureux, j’aurais jamais dû m’éloigner d’mon arbre. » (Brassens)

En partant de ce postulat, on peut supposer que l’isolement (à condition peut-être qu’il remplisse quelques conditions : provenir d’un choix, être délimité dans le temps…) est majoritairement vertueux. 

Bien sûr, s’il est bénéfique au vagabond, il ne l’est pas toujours pour ses proches puisque dans une partie des cas, ceux-là souffrent de son absence ; mais les dommages collatéraux ne sont pas à l’ordre du jour. Ils pourraient en revanche, à eux seuls constituer un sujet à part entière lors de la rédaction d’un nouvel article. 

Il y a pour finir une éternelle tierce personne, pour laquelle l’histoire est toujours bonne à prendre : nous, les lecteurs, les auditeurs, les spectateurs. 

Vous l’aurez compris : les vertus de l’isolement n’ont pas la prétention de se trouver dans cet article, mais bien dans les références qui sont ici suggérées. 

Alors voici quelques ouvrages sur ce grand thème et quelques figures vers lesquelles se tourner pour vivre depuis chez soi, dans la solitude retranchée de son appartement, quelques-unes de ces glorieuses échappées.

Avant ça en “bonus” les quatre premiers vers de Ma bohème de Rimbaud, 1889, Recueil Demeny aussi appelé Cahiers de Douai. Il est alors âgé de seize ans et fait sans doute référence ici à ses célèbres fugues :

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;

Mon paletot aussi devenait idéal ;

J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;

Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Edgar F.

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