Brassens, le poète

Il chante avec l’air léger d’un vieux loup de mer, des poèmes qui requièrent en vérité une réelle attention.

Les chansons de Georges Brassens sont faites de rimes, de pieds et de vers. Elles abordent les principaux thèmes de la condition humaine : l’amour, la difficulté d’être, le rapport aux autres, la société, la mort… Elles font parfois simplement état de quelques petites histoires cocasses. Souvent très imagées et littéraires, il faut percer les mystères dont elles sont pourvues !

Celui qui s’est souvent défini comme une sorte de modeste “divertisseur”, vivant “à l’écart de la place publique” et mettant sur un piédestal les “véritables poètes”, est en fait l’un d’entre eux. Et n’en déplaise à lui-même, Brassens le pudique, Brassens le discret !

Parmi les principaux inspirateurs du chanteur, on trouve Paul Fort, Antoine Pol, Louis Aragon, Victor Hugo, Paul Verlaine, Jean Richepin, Gustave Nadaud, Alphonse de Lamartine, Théodore de Banville, Tristan Bernard, Hégésippe Moreau… 

Et, bien sûr, son confrère sétois Paul Valéry, auquel il dédie quelques vers dans la chanson Supplique pour être enterré à la plage de Sète :  

    Déférence gardée envers Paul Valéry,
    Moi, l’humble troubadour, sur lui je renchéris,
    Le bon maître me le pardonne,
    Et qu’au moins, si ses vers valent mieux que les miens,
    Mon cimetière soit plus marin que le sien*,
    Et n’en déplaise aux autochtones.

* Le cimetière marin est un poème de Paul Valéry et un lieu sétois (aussi appelé cimetière Saint-Charles), qui domine la méditerranée et où se trouve, d’ailleurs, la sépulture de l’écrivain. Brassens, malgré sa supplique, est enterré au cimetière Le Py, à Sète également, non loin de la plage de la Corniche. Dans une entrevue, le chanteur expliquait que sa chanson n’avait pas vocation à être prise à la lettre. Tant mieux car, finalement, le cimetière de Valéry est en fait le plus marin des deux !

Pour écouter ou lire Brassens grâce aux médiathèques, il faudra se munir d’un peu de patience et attendre la réouverture des discothèques et des salles de lecture du réseau. Cependant, si vous disposez d’une connexion internet, vous pourrez trouver une grande partie de ses poèmes en ligne. 

Il existe même un site web particulièrement bien fait, dédié à l’analyse des textes de Brassens : http://www.analysebrassens.com/.

Pour finir, voici son poème Les philistins

Philistins, épiciers
Tandis que vous caressiez
Vos femmes
En songeant aux petits
Que vos grossiers appétits
Engendrent
Vous pensiez : ” Ils seront
Menton rasé, ventre rond
Notaires “
Mais pour bien vous punir
Un jour vous voyez venir
Sur terre
Des enfants non voulus
Qui deviennent chevelus
Poètes

(Edgar F.)

Voir aussi

Eloge de la poésie

Tantôt applaudie, tantôt oubliée, tantôt éditée, tantôt censurée ; la poésie a navigué dans les époques au gré des vents changeants – souvent « au vent mauvais », dirait Verlaine.