Eloge de la poésie

Tantôt applaudie, tantôt oubliée, tantôt éditée, tantôt censurée ; la poésie a navigué dans les époques au gré des vents changeants – souvent « au vent mauvais », dirait Verlaine.

Il faut dire qu’elle est elle-même plurielle et vacillante. Si elle passe une partie du temps à s’éprendre des belles choses de l’existence, elle sait aussi trouver son énergie dans les recoins les plus sombres de la condition humaine.

Entre ces deux bouts, bien sûr, elle trempe sa plume (ou son pinceau) dans une vaste palette de nuances, qu’elle compose elle-même selon son humeur et ce qu’elle veut dire.

D’aucuns penseront qu’elle s’efforce de faire en vain ce que la philosophie construit depuis des millénaires.

A ceux-là, je dirais : offrez-lui sa chance. Ne vous dirigez pas vers elle avec des idées trop claires.

Si vous l’abordez avec bienveillance, si vous lui offrez un peu de patience, je suis convaincu que vous trouverez en elle des choses à aimer.

Mieux encore : peut-être percevrez-vous dans l’échancrure de ses mots et de ses silences, la silhouette cachée d’un nouvel allié : une philosophie à part entière, résolument belle et réconfortante.  

Bien sûr, il arrivera sans doute qu’elle vous travaille, qu’elle vous bouscule. Poésie n’est pas tout le temps synonyme d’accalmie.

Cependant, je crois en mon for intérieur qu’avec votre bonne volonté, elle opérera en vous pas à pas, secrètement.

Au début,  elle sera un bourgeon. C’est le temps et l’attention que vous lui donnerez qui la fera grandir. Elle s’abreuvera de la douce répétition de votre lecture comme un arrosage quotidien et petit à petit, vous rendra la pareille.

Alors, peut-être deviendrez-vous la fleur et elle l’arroseur.

D’Anna de Noailles à Paul Valéry ; des Amours jaunes de Corbière aux célèbres Fleurs du mal de Baudelaire, en passant par les (plus douces et non moins importantes) Paroles de Prévert ;

chez Brel, Brassens ou Gainsbourg, elle est chantée !

Grâce à des messagers tels que Serge Reggiani, Jean Chevrier ou plus récemment Guillaume Gallienne ou Pierre Arditi, elle est dite à voix haute ! (certains poètes tels que Louis Aragon ont également déclamé leurs propres poèmes).

Dans les romans de Romain Gary, de Boris Vian, de Saint-Exupéry ou d’Émile Ajar (encore Gary !), elle se cache dans la prose comme le soleil dans les feuillages.

Ainsi lit-on par exemple dans les premières pages de La promesse de l’aube :  « Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »

Lorsque l’on évoque les deux textes fondateurs de la littérature occidentale, on parle du Poème d’Homère. N’est-ce pas ? Aux origines mêmes, la poésie était là. Les lignes mélodieuses (envoûtantes même !) de L’Iliade, écrites bien avant l’apparition de la lecture silencieuse, semblent tout à fait destinées à être dites (donc écoutées). Pour leurs rendre leur musicalité, Philippe Brunet les a même traduites du grec en hexamètres.

Naturellement, il m’est impossible de citer ici tous les merveilleux poètes et poèmes que j’ai eu le bonheur de lire jusque-là.

De la même manière,  tenter de répondre à la question : « Qu’est-ce que la poésie ? », serait l’échec assuré.

Peut-être suffirait-il justement d’accepter de ne pas savoir.

Voici d’ailleurs ce que Raphaël Enthoven disait dans l’émission Le Gai Savoir diffusée sur France Culture le 23 février 2014 : « Personne ne sait ce qu’est le Beau. Chacun sait ou pressent ce qui est beau. Là est le paradoxe. La beauté est universelle, mais elle n’est pas conceptuelle. La beauté est universelle, mais elle n’est pas exacte. Elle est universelle, d’une universalité qui relève de l’évidence sans relever de la vérité. »

J’avais alors immédiatement fait le lien dans ma tête avec la poésie (entre autres). Je m’étais dit ce jour-là : « Je ne sais ni ce qu’est la poésie ni en quoi elle est belle. Tout du moins, je ne saurais l’expliquer. La seule chose que je puisse dire ou penser, c’est qu’elle est pour moi d’une évidente beauté. »

Voici pour finir quelques suggestions de poésie chantée, de poésie déclamée ainsi que des recueils de poésie du réseau des médiathèques :

Edgar F.

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