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La Compagnie des prairies et son inventaire dansé à la Maison du livre de l’image et du son

Depuis le départ de Julie Desprairies et d’Elise Ladoué , les bibliothécaires de la MLIS ont du mal à revenir au quotidien. Depuis il faut contraindre la monture pour qu’elle ne s’égare pas, elle qui pédalait précise entre les annexes du réseau de lecture publique de Villeurbanne.

Entre Janvier et septembre 2018, on a perdu nos habitudes, nous qui ne les avons pourtant jamais abandonnées !
Pendant la résidence de la Cie des prairies sur la ville, on n’a jamais quitté ce quotidien professionnel, ni son cadre familier dans lesquels on était tout entier avant elles. Avant qu’elles n’arrivent, nos gestes et déplacements de bibliothécaires ondulaient déjà autour des piliers de Mario Botta. On étirait nos trapèzes contre l’échelle des étagères et pour ranger par format les livres d’images, nos corps plongeaient déjà dans les bacs du troisième étage.

Pendant quelques mois, leur accompagnement a dé-familiarisé toute la matière des heures et des lieux que nous avons arpentés ensemble. Il faut dire qu’au lieu de nous fixer rendez-vous autour d’une table en salle de réunion, on se retrouvait pliés en huit au pied de celle-ci. Pendant que la tresse de métal du pied de la table incrustait sa marque dans nos chairs, « celle-ci » expliquait Julie Desprairies, « porte le nom de table Tesi et a été dessinée en 1985 par Mario Botta ».
Accompagnée de sa danseuse Elise Ladoué -qu’on s’est mis à appeler Julie, tant le duo soudait une même approche du dur de l’architecture et du mou de l’humain- elles nous proposaient, le nez dans la poussière du sol qu’on n’avait jamais vu d’aussi près, de dresser un inventaire dansé de ce mobilier et de cette architecture qui accueillaient nos pratiques de bibliothécaires. Alors, nous nous sommes pliés dans le sens des angles de métal et en guise d’acquiescement, on éternua.

Chorégraphe d’architecture, Julie Desprairies nous a embarqués dans sa démarche à elle, avec le talent de quelqu’un qui sait retenir de l’autre d’abord ce qu’il est. Sans l’arrogance, ni la condescendance du consultant dessiné par Geoffroy Monde (qu’elle avait invité, l’imprudente, à traduire en BD la teneur de ces ateliers et qui cruellement drôle, en a tout à fait trahi l’esprit et la forme) elle nous a guidés vers une courte performance de 6 minutes qui a éventuellement pu donner aux publics présents au Rize  les 15 et 16 septembre, l’idée de cette très belle collaboration entre architecture, danse et bibliothèques.

Quand la nostalgie nous prendra, quand le public ne nous regardera pas, on ira discrètement frotter la peau de nos silhouettes, celle sur nos squelettes, contre le béton de Botta et c’est à Julie et Elise que la douceur de la peau le devra.

© Geoffroy Monde
© Geoffroy Monde

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