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Diabolus in musica

Il porte bien des noms, et revêt bien des apparences… Qu’il soit Satan, Lucifer chez Franz Liszt, Belzébuth, ou encore le Méphistophélès du Faust de Goethe, illustré chez Hector Berlioz ou Charles Gounod. Le diable se divise, est multiple, pour s’insinuer partout…
Au départ sous des traits animaliers proches du satyre, queue de bouc ou pointue, oreilles velues, cornes, voire paire d’ailes noires, l’apparence du diable évolue et se personnifie avec le temps. Aussi, de nombreux morceaux de Blues font référence à un grand homme enveloppé dans un manteau sombre avec un couvre-chef lui cachant le visage ; et l’on a tous à l’esprit le dandy élégant et fortuné du « Sympathy for the devil » des Rolling Stones.

« Diabolus in musica », quésaco ?

L’expression « Diabolus in musica » nous vient de la fin du Moyen-Âge. Elle désigne l’intervalle de trois tons, appelé aussi triton (quinte diminuée ou quarte augmentée), dont l’interprétation engendre un phénomène de tension.
En cette époque où la mode est au chant grégorien monodique, ce triton fait bien grincer oreilles et dents ; on le trouve si dissonant qu’on y voit une présence du « diable dans la musique ». Il n’en faut pas plus pour le proscrire…
Mais c’est sans compter les évolutions musicales, et surtout le développement de la polyphonie, qui ouvrent une petite porte à l’intervalle interdit, comme le montrent les œuvres de l’Ecole de Notre Dame de Paris, notamment celles de Pérotin.
Et malgré la décrétale « Docta Sanctorum Patrum » du pape Jean XXII, fervent défenseur du bon vieux chant ecclésiastique monodique, notre vilain petit triton est peu à peu toléré, accepté et finalement reconnu au fil de l’histoire. Nombre de compositeurs verront ainsi son intérêt, qui réside justement dans la tension qu’il apporte.
Pour exercer votre oreille et reconnaitre facilement cet intervalle diabolique, rien de tel que le début de la « Danse Macabre » de Camille Saint-Saëns, ou les premières notes de guitare du titre « Black Sabbath », du groupe du même nom.
Et pour les amoureux du triton, « L’Oiseau de feu » en regorge, Igor Stravinsky en faisant l’apanage de son volatile.

Une sulfureuse réputation à maintenir…

« Je sais que les Beatles connaîtront le succès comme aucun groupe ne l’a encore connu. Je le sais très bien, car pour ce succès, j’ai vendu mon âme au diable. »
John Lennon
Comme Lennon, nombreux sont ceux qui auraient pactisé avec le diable, en échange de talents et du succès.
Giuseppe Tartini devrait ainsi sa fameuse sonate des trilles du diable à une visite nocturne du Malin. Un pacte expliquerait également la virtuosité et le charisme du violoniste Niccolò Paganini. Et n’oublions pas la célèbre légende de Robert Johnson qui, à l’instar d’autres bluesmen, a croisé le diable une nuit, à un carrefour perdu dans la campagne, et aurait vendu son âme contre les incroyables dons de guitariste qu’on lui connait.

 

Rock : le diable dans les veines…

 « Le rock a toujours été la musique du diable. Je crois que le rock n’roll est dangereux. Je sens que nous nous dirigeons vers quelque chose d’encore plus ténébreux que nous-mêmes »
David Bowie
De son prédécesseur, le Blues, émanait déjà une forte odeur de soufre, mais le rock n’a rien à lui envier, son aspect sulfureux s’imposant dès ses débuts, au grand dam des chrétiens fondamentalistes américains qui traquent le diable sans relâche dans la moindre petite parole.
La pratique du Backmasking, qui consiste à enregistrer des sons ou des messages à l’envers sur une piste, a entre autres été à l’origine de nombreuses controverses. Elle devient la bête noire des groupes intégristes dans les années 80, ces derniers prétendant que les artistes l’utilisent pour faire passer des messages subliminaux sataniques. Sur le banc des accusés, on retrouve les Beatles avec leur  White Album  dont certains titres auraient parlé au criminel Charles Manson, mais aussi le groupe de métal Slayer lié à de sombres histoires de meurtres, et le célèbre « Stairway to Heaven » de Led Zeppelin qui, passé à l’envers, serait une vraie ode au Malin.
Cela mènera à de véritables croisades anti-rock, avec autodafés de disques, propositions de lois, et nombre d’affaires sordides devant les tribunaux. Il a – fort heureusement – été maintes fois prouvé que ces phénomènes de messages subliminaux relevaient surtout du pur hasard auditif (et de ce que les accusateurs voulaient entendre…). Et dans les quelques cas où cette pratique était volontaire, elle visait surtout à être ironique, voire à alimenter la controverse pour plus de célébrité.
La connotation infernale du rock tient aussi à  deux sources d’inspiration considérables pour les artistes. Aleister Crowley, figure majeure de l’occultisme, dont la personnalité, les écrits et les symboles ont beaucoup influencé Led Zeppelin (surtout Jimmy Page), Jaz Coleman, le chanteur de Killing Joke, et bien sûr David Bowie, qui transpose l’occulte de Crowley dans de nombreux morceaux, notamment « Quicksand », et va jusqu’à reprendre ses codes vestimentaires pour illustrer quelques pochettes d’albums.
Anton LaVey, fondateur de l’Eglise de Satan, prônait le diable comme métaphore de la liberté absolue. Nombre d’artistes s’en inspirent, le plus célèbre demeure Marilyn Manson, nommé Révérend de cette Eglise.

Métal : apothéose diabolique…

Le curseur monte encore d’un (gros) cran avec la musique Métal. Ici, le diable et ses acolytes démoniaques se retrouvent partout, des paroles aux prestations scéniques, en passant par l’imagerie des pochettes d’albums. Les noms de groupe mettent tout de suite dans l’ambiance : Black Sabbath, Venom, Deicide, etc.
Le sous-genre du Black-Métal, et surtout sa branche norvégienne – notamment avec Burzum – pousse encore plus loin, quitte à dépasser les limites de la surenchère (anecdotes morbides, incendie d’églises…)
L’omniprésence satanique devient ici une visée marketing : poussées à ce degré, ces thématiques sont un argument de célébrité et de vente capital. En témoigne par exemple l’engouement de plus en plus élevé pour le festival  Hellfest.

***

Interdisez-le, censurez-le, le diable n’en sera que plus fascinant et attractif. De l’opéra au rock, en passant par les musiques de film signées Goblin, ou l’œuvre très variée et aux multiples facettes de John Zorn, il se glisse partout…
Cette sélection compte, nous l’avons vu, des artistes et œuvres cultes pour lesquels il n’est pas vraiment besoin de présentation. Toutefois, la thématique infernale nous apporte ici une nouvelle clé de lecture, obscure et captivante : messages subliminaux cachés ici ? Symboles occultes disséminés
 

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