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Crocodile : une oeuvre de Joana Hadjithomas & Khalil Joreige

Une photographie de la collection de l’artothèque de la Maison du livre, de l’image et du son, Crocodile, est actuellement exposée dans le cadre de «Se souvenir de la lumière», importante rétrospective (Sharjah Art Foundation, Sharjah / Jeu de Paume, Paris / Haus der Kunst, Munich / Institut Valencià d’Art Modern, Valence) consacrée à Joana Hadjithomas et Khalil Joreige.

Ces deux artistes, nés à Beyrouth en 1969, ont vécu une jeunesse marquée par le conflit. Pour rendre compte du traumatisme lié aux guerres civiles libanaises, ils apprennent ensemble la photographie et le cinéma durant leurs études à Paris. Leur démarche artistique interroge la capacité des images à retranscrire l’Histoire (en particulier l’histoire du Liban) et la  transformation de celles-ci par la violence et la guerre. Hadjitjomas et Joreige utilisent pour ce faire des images porteuses d’une mémoire collective :  archives historiques, cartes postales, affiches… qu’ils soumettent à la destruction, par la soude ou l’intervention du spectateur. Un geste radical, exempt de nostalgie, soulignant la fragilité des documents « enregistreurs du réel » et la défaillance de la mémoire lors de traumatismes.

Depuis le milieu des années 1990, à travers une pratique artistique multiforme et une esthétique singulière, le couple d’artistes cherche ainsi à représenter l’irreprésentable, en insistant sur la nécessité de réinventer l’imaginaire d’un pays et son identité collective.

Bien avant de se connaître, dès leur plus jeune âge, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige photographient le centre ville de Beyrouth. Leur but ? Aller à la rencontre des espaces abandonnés et des objets détruits par la guerre pour les mettre en scène. Détourner ces reliques afin d’interroger notre capacité à les reconnaître. C’est ce processus qui est à l’œuvre dans la série photographique «Bestiaire» réalisée en 1997 : des réverbères déchiquetés par les tirs et les bombardements deviennent animaux imaginaires.

Hadjithomas & Joreige, « Crocodile », 1997

Dans Crocodile, un réverbère tordu évoque le dos de l’animal et ses ostéodermes saillants. Le duo d’artistes détourne les stigmates de la guerre, les réinterprète par un cadrage et une contextualisation qui crée un bestiaire fantasmagorique. Démontrant le pouvoir des images, Crocodile invite aussi à une méditation sur les capacités poétiques des objets dégradés.

 

En attendant le retour de Crocodile, une seconde photographie de la série «Bestiaire» est empruntable à l’artothèque : Dauphin.  Le catalogue du Jeu de Paume, lieu d’exposition en France de «Se souvenir de la Lumière» , est également à votre disposition. Enfin, n’hésitez pas à visionner les films des artistes, disponibles dans les secteurs disco-vidéo des médiathèques : A perfect Day (2005), Je veux voir (2008) et The Lebanese Rocket Society (2013).

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